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UNICEF Cameroun : 47 % des enfants âgés de 5 à 17 ans touchés par les abus de travail

12 Juin

UNICEF Cameroun : 47 % des enfants âgés de 5 à 17 ans touchés par les abus de travail

Au Cameroun, les abus liés au travail des enfants se manifestent principalement à travers l’orpaillage artisanal, le commerce de rue urbain, les travaux agricoles pénibles et l’exploitation domestique cachée. Près de 47 % des enfants âgés de 5 à 17 ans sont touchés par le travail des enfants au niveau national selon l’UNICEF Cameroun. Ces abus violent frontalement la législation nationale et se traduisent par des réalités de terrain bien distinctes. Conséquences majeures : la déscolarisation massive et l’exploitation financière.

Manipulation de produits toxiques, tâches physiques extrêmes et risques mortels dans l’orpaillage

L’orpaillage et l’exploitation minière dans la Région de l’Est est l’une des pires formes de travail constatées. L’activité se concentre dans les départements de la Kadey et de Lom-et-Djerem, riches en gisements aurifères, notamment dans des localités comme Cambélé ou Batouri. Les localités de Bétaré-Oya et Kette abritent de vastes mines à ciel ouvert où cohabitent exploitations artisanales et concessions industrielles semi-mécanisées. Dans certaines des communesBatouri et Kambélé, on estime que près de 90 % des enfants de la communauté participent d’une manière ou d’une autre à l’orpaillage. Travaillant souvent pour aider leurs parents ou pour des trafiquants clandestins, ils vendent leur production au marché noir à des prix largement inférieurs à ceux des adultes. Ici, des enfants manipulent à mains nues et inhalent du mercure (un métal lourd toxique utilisé pour amalgamer et séparer l’or du sable), s’exposant à de graves lésions neurologiques, gastriques et respiratoires. Parfois âgés de moins de 5 ans, ils exécutent des tâches physiquement éprouvantes sans le moindre équipement de protection. Ces mineurs creusent dans des galeries souterraines ou des trous étroits allant jusqu’à 7 mètres de profondeur sans aucun équipement de protection. Les éboulements de terrain en saison des pluies provoquent régulièrement des accidents mortels chez ces jeunes orpailleurs. Bien qu’interdit par la loi, ce phénomène persiste en raison de la pauvreté extrême et de l’attrait des gains immédiats générés par l’exploitation de l’or.

De plus, dans les zones rurales de l’Est, le travail précoce sacrifie l’éducation, car une part importante d’enfants travaillant dans les mines ou les champs n’a jamais mis les pieds à l’école. La ruée vers l’or vide littéralement les écoles publiques de la région. Des directeurs d’écoles rapportent des classes de CM2 entièrement désertées au cours de l’année scolaire. Au lieu d’apprendre, les enfants passent de longues heures dans les torrents boueux, compromettant définitivement leurs chances d’insertion sociale future. N’ayant aucun poids de négociation, ces mineurs reçoivent des revenus dérisoires par rapport aux adultes pour les mêmes tâches pénibles. Malgré les interdictions officielles régulièrement rappelées par les autorités préfectorales, le contrôle effectif des centaines de sites miniers isolés reste le principal défi pour éradiquer définitivement l’orpaillage des mineurs.

Face à ce drame humanitaire, des mesures concrètes de riposte des autorités et des ONG sont progressivement déployées. Par exemple, la Société Nationale des Mines (SOCAMINES) a lancé le programme d’action gouvernementale « Zéro enfant dans la mine ». Ce projet organise des caravanes de sensibilisation et distribue des kits scolaires pour inciter au retour à l’école. Mais le Cameroun affiche un taux de succès mitigé. L’appui international et local de l’UNICEF, ainsi que des ONG locales (comme Forêt et Développement Rural) travaillent sur le terrain pour racheter le matériel scolaire des enfants et sensibiliser les chefs de villages et les parents à travers des outils pédagogiques comme le théâtre communautaire.

En milieu urbain, le phénomène s’alimente de la précarité économique des familles. Les conflits dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, ainsi que la crise sécuritaire à l’Extrême-Nord, ont provoqué des déplacements massifs de populations, poussant de nombreux enfants déscolarisés vers les pires formes de travail (commerce forcé, exploitation sexuelle, travail domestique).

Secteur informel urbain à Douala et vente à la sauvette à Yaoundé

Le commerce ambulant de rue et la récupération des métaux sont les secteurs où l’on retrouve des enfants de très bas âge. Des enfants arpentent les axes routiers dangereux pour vendre des arachides, des fruits ou de l’eau en sachet. Ils font face aux risques d’accidents de la circulation et, pour les jeunes filles, aux agressions sexuelles ou viols. Dans les grandes décharges publiques, des enfants collectent des débris de ferraille à mains nues et souvent sans chaussures. Ils se blessent fréquemment et revendent leur collecte pour des sommes dérisoires à des intermédiaires.

Par ailleurs, le travail domestique et la traite invisible absorbent les « petites bonnes » et « boys ». De nombreux enfants (souvent originaires de régions défavorisées ou en crise) sont placés dans des familles urbaines aisées. Ils subissent des horaires de travail exténuants (parfois plus de 15 heures par jour), des privations de nourriture, des violences physiques et sont totalement exclus du système scolaire.

L’agriculture commerciale et de subsistance en milieu rural

Le milieu rural concentre plus de la moitié des enfants actifs du pays, avec les filières du cacao, du coton et du café. Ils y effectuent des travaux dangereux comme le débroussaillage à la machette, l’épandage de pesticides chimiques sans protection et le transport de charges largement supérieures à leur capacité physique.

Le Cameroun à l’épreuve de l’encadrement institutionnel international

L’encadrement institutionnel contre le travail des enfants en Afrique actuelle repose sur un édifice à trois niveaux (international, régional et national) associant des agences de l’ONU, l’Union Africaine, des blocs économiques sous-régionaux et des structures étatiques dédiées. Les institutions mondiales fixent les standards juridiques et financent les programmes opérationnels sur le continent. Via le Plaidoyer de l’OIT, elle veille à l’application de la Convention n° 138 (âge minimum d’admission à l’emploi, généralement fixé à 15 ans) et de la Convention n° 182 sur les pires formes de travail des enfants, ratifiée par l’ensemble des États africains. L’UNICEF intervient directement sur le terrain pour lier la lutte contre le travail à l’accès universel à l’éducation et à la protection sociale. Elle signe régulièrement des protocoles d’accord conjoints avec l’OIT au niveau national. Les chiffres de l’OIT montrent pourtant que l’esclavage n’a pas disparu, puisque quelque 5,7 millions de jeunes sont asservis ou sont forcés de travailler. Ces enfants ont souvent beaucoup de problèmes pour obtenir de l’aide, non seulement parce qu’ils sont jeunes, mais aussi parce qu’ils ne possèdent aucun certificat de naissance ou papiers officiels et qu’ils sont donc « invisibles » aux yeux des autorités. Le travail des enfants concerne également les pays développés : 2,5 millions d’enfants y travailleraient. Ce phénomène touche surtout l’agriculture aux Etats-Unis, les services à la personne en Grande-Bretagne et le textile et le bâtiment en Europe du sud…

L’Afrique, quant à elle, a développé ses propres institutions pour contextualiser les réponses face à l’ampleur du phénomène. En effet, l’Union Africaine a mis sur pied un organe central qui est le Comité africain d’experts sur les droits et le bien-être de l’enfant (ACERWC). Il supervise l’application de la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant (CADBE) et orchestre l’Agenda 2040 pour les enfantsd’Afrique, dont l’une des aspirations principales est de bâtir un cadre législatif et institutionnel protecteur. Des blocs comme la CEDEAO en Afrique de l’Ouest disposent de plans d’action régionaux et de structures comme le Centre de la CEDEAO pour le développement du genre (CCDG). Ces institutions luttent spécifiquement contre l’exploitation transfrontalière et le trafic d’enfants.

Malgré cet arsenal complet, le continent fait face à des défis majeurs d’application sur le terrain en raison du poids de l’économie informelle et de la pauvreté. En ratifiant la convention n° 182 de l’OIT, les pays signataires se sont engagés à agir immédiatement pour interdire et éliminer les pires formes de travail des enfants. Cette convention a été la plus rapidement ratifiée de l’histoire de l’OIT depuis sa création en 1919. Au cœur de l’action, les États africains ont modernisé leur architecture institutionnelle. Avec un cadre légal réformé, l’arsenal juridique camerounais interdit formellement les pires formes de travail. Un arrêté ministériel fixe la liste des travaux dangereux interdits aux moins de 18 ans (mines, port de charges lourdes, manipulation de produits toxiques). Le Cameroun s’est positionné parmi les 11 pays africains pionniers de l’Alliance 8.7, un partenariat mondial pour accélérer l’éradication du travail des enfants et du travail forcé. Le pays a créé le Comité National de Lutte contre le Travail des Enfants (CNLTE) pour coordonner les plans d’action sectoriels.

Bien plus, la législation camerounaise prévoit des sanctions graduelles contre les employeurs qui exploitent les enfants, allant de fortes amendes financières pour les infractions administratives à de lourdes peines de prison ferme en cas de pires formes de travail ou de traite. Sur le plan formel, le Cameroun a totalement intégré les exigences de la Convention n°182 de l’OIT. Le succès législatif et politique est notable avec 100 % d’intégration juridique. Le pays a pleinement réussi l’harmonisation légale et institutionnelle requise par la convention, mais il stagne dans son application concrète avec près de 47 % des enfants de 5 à 17 ans encore astreints au travail selon l’UNICEF Cameroun. Il n’existe pas de « taux de réussite » chiffré officiel pour une convention de l’OIT, mais son bilan s’évalue en comparant les avancées politiques majeures et les résistances persistantes sur le terrain.

Le déploiement de programmes conjoints avec le Bureau international du Travail (BIT) a permis des victoires locales. Grâce à des programmes comme le WACAP (Projet de lutte contre le travail des enfants dans l’agriculture commerciale), des milliers d’enfants ont été retirés des plantations de cacao ou protégés des tâches dangereuses (épandage de pesticides, manipulation de machettes). L’accès accru à l’école primaire publique (gratuite hors frais d’APE) a contribué à éloigner une partie des jeunes enfants du marché de l’emploi pendant les heures de classe. D’où la scolarisation en hausse.

L’impact de la convention bute sur des obstacles structurels majeurs tels que le déficit d’inspecteurs du travail, le poids culturel et économique et les crises humanitaires. Pour couvrir l’ensemble du territoire et surveiller les entreprises et exploitations, les normes de l’OIT préconiseraient environ 797 inspecteurs au Cameroun. Le pays en compte moins de 250, ce qui rend les contrôles impossibles dans l’immense secteur informel ecoi.net. En milieu rural (notamment à l’Est, au Nord et à l’Adamaoua), le travail de l’enfant reste perçu comme un outil de socialisation ou une nécessité absolue de survie économique pour les familles pauvres.

Alain Cyr Pangop Kameni, www.affocom.com

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