Charité et justice : deux vertus au service de la solidarité mondiale
La charité a connu de nombreuses déclinaisons au cours de l’histoire et selon les circonstances. Le mot « charité », dans son sens religieux initial, est associé à l’idée de transcendance. L’évolution du rôle de la charité, de la générosité traditionnelle à la philanthropie stratégique, la charité est aujourd’hui un moteur de l’innovation sociale, de la réduction de la pauvreté et du développement inclusif. La charité, lorsqu’elle est fondée sur l’équité et l’éthique, est plus qu’un simple acte de générosité : c’est un acte puissant de responsabilité mondiale. Elle relie les personnes au-delà des frontières et des secteurs pour lutter contre la pauvreté, améliorer les communautés et construire un monde plus inclusif et durable pour tous.
La fonction irénique de la charité
Si le judaïsme a tendance à écarter le terme de « charité », c’est en raison de sa connotation peut être condescendante, car le possesseur de biens n’en est en réalité que le dépositaire par la bienveillance divine, et s’il est juste et droit (et non pas charitable ou généreux), il doit faire acte de justice en les redistribuant à autrui. Il ne s’agit pas ici d’un acte arbitraire mais d’un devoir naturel et d’une obligation philosophique de justice légale, sociale et morale, d’un acte méritoire pour le Juif qui reconnaît son devoir en tant qu’homme et en tant que juif : il rend ce qui est légitimement dû à autrui. De cette façon, il aide à corriger les inégalités et réalise une partie du Tikkoun Olam, la réparation du monde. Dans cette perspective, même le pauvre qui vit de la tsedakah (donc de l’aumône d’autrui) doit lui-même se montrer juste et accomplir la mitzvah de redistribuer une partie de ce qu’il a obtenu. Dans le judaïsme, le don s’étend au-delà des richesses matérielles : cela peut être du temps, des soins, de l’attention, de l’hospitalité… Tout le monde peut être « charitable » : riches ou pauvres, tous ont l’opportunité de devenir « partenaires de Dieu », dans la nourriture du monde et la création, en formant une chaîne qui obéit au commandement divin. En accomplissant ce devoir de justice, chacun permet à autrui d’y participer : le pauvre aide le riche en ceci qu’il lui permet d’accomplir sa mitzvah : « Bien plus que le riche fait pour le pauvre, le pauvre accomplit pour le riche ».
En revanche, dans le christianisme, la charité est la vertu théologale. par laquelle on aime Dieu par-dessus toute chose pour lui-même, et son prochain comme soi-même pour l’amour de Dieu. Comme les deux autres vertus théologales, elle relève de la grâce, car elle est » infusée par Dieu dans l’âme des fidèles pour les rendre capables d’agir comme ses enfants »; en outre elle est le gage de la présence et de l’action du Saint Esprit dans l’âme. Jésus a fait de la charité un commandement : » Voici mon commandement : Aimez -vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jean 15, 12). La Charité assure et purifie la puissance humaine d’aimer et l’élève à la perfection surnaturelle de l’amour divin. Paul de Tarse en a donné une définition dans la première épitre aux Corinthiens : « La charité prend patience, la charité rend service, elle ne jalouse pas, elle ne plastronne pas, elle ne s’enfle pas d’orgueil, elle ne fait rien de laid, elle ne cherche pas son intérêt, elle ne s’irrite pas, elle n’entretient pas de rancune, elle ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle trouve sa joie dans la vérité. Elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle endure tout. […] Les trois demeurent : la foi, l’espérance et la charité. Mais la charité est la plus grande. » (I Co. 13, 1-7. 13). Supérieure à ces deux vertus, elle constitue le « lien de la perfection »
La charité, c’est faire preuve d’une qualité d’écoute et d’amitié, de fraternité, de sollicitude les uns pour les autres. Mère Teresa, née le 26 août 1910 à Üskub (Empire ottoman)) et morte le 5 septembre 1997 à Calcutta (Inde), canonisée par l’Eglise catholique comme sainte Teresa de Calcutta, est une religieuse catholique albanaise naturalisée indienne, missionnaire en Inde, prix Nobel de la paix 1979est surtout connue pour son action personnelle caritative et la fondation d’une congrégation religieuse, les Missionnaires de la Charité qui l’accompagnent et suivent son exemple.
De la charité chrétienne à une politique sociale d’état
Le mariage mixte entre la charité et l’Etat se montre plus complexe. La réduction et la restructuration de l’État-providence s’inscrivent dans une tendance mondiale qui, malgré les critiques des syndicats et de la gauche traditionnelle, est de plus en plus acceptée voire saluée par les intellectuels et les militants progressistes favorables aux initiatives de «la base ». On voit par exemple un pays comme le Canada confier une partie des services sociaux aux organisations charitables et au secteur communautaire. Des pays comme le Canada, qui n’ont jamais connu la frontière entre charité privée et assistance publique caractéristique du système de protection sociale britannique depuis la première Poor Law, ont toujours eu une « économie sociale mixte », l’État subventionnant et réglementant les bonnes œuvres sans exercer de contrôle direct sur la prestation des services.
Dans un contexte d’instabilité politique, la question sociale, notamment de la propriété, et de la situation des ouvriers ou des paysans. L’aide aux pays défavorisés ou sous-développés est souvent placée dans le registre de la charité. Vient ainsi le temps de l’assistance, tant dans la sphère religieuse que dans la sphère étatique. L’action de la charité se structure différemment, de manière plus collective et moins individuelle. La charité est parfois perçue comme une relation inégale impliquant une situation humiliante pour la personne aidée, et non comme un comportement social réellement bienveillant et utile.
Le pouvoir de la charité dans la solidarité mondiale
La charité, dans son essence même, est une expression de la solidarité mondiale. Elle rassemble les gens afin de bâtir des sociétés plus justes et plus résilientes, que ce soit par le biais de dons directs, de bénévolat ou d’actions collectives. Au-delà de l’aide immédiate, la charité renforce les soins de santé, l’éducation, la préservation culturelle et la protection des groupes vulnérables. Aujourd’hui, la charité et la philanthropie évoluent afin de s’attaquer aux causes profondes de la pauvreté et des inégalités. Les initiatives caritatives influencent désormais les politiques publiques, financent l’innovation et soutiennent les communautés où les services publics font défaut. Dans les régions vulnérables, elles comblent souvent des lacunes critiques là où les gouvernements ne peuvent pas intervenir. La pauvreté ne se résume pas à un manque de revenus ; elle est également synonyme de famine, d’exclusion, de conditions de vie précaires et d’accès limité à l’éducation ou aux soins de santé. La réalisation des objectifs de développement durable (ODD) nécessite des partenariats solides entre les gouvernements, la société civile, les entreprises et les organisations caritatives.
Qu’est-ce qui rend la charité moderne efficace ?
Les dons pilotés par la technologie
Les outils numériques, tels que les plateformes de financement participatif, les dons par téléphone portable et l’intelligence artificielle, rendent les dons plus accessibles et plus transparents.
Le leadership des jeunes
Partout dans le monde, des jeunes lancent des initiatives sociales, mènent des actions en faveur du climat et réinventent le développement communautaire. Soutenir leur leadership est essentiel pour un changement durable.
Équité et inclusion
Les formes de pauvreté varient en fonction de l’origine ethnique, du genre, du handicap et de la situation géographique. Les organisations caritatives inclusives reconnaissent ces obstacles qui se recoupent et investissent dans des solutions communautaires.
Dons éthiques et responsables
À mesure que les dons caritatifs augmentent, la responsabilité de les effectuer de manière éthique s’accroît également. La charité doit être transparente, orientée vers la communauté et fondée sur l’humilité et la collaboration.
Climat et pauvreté
Les changements climatiques menacent les personnes qui vivent déjà dans la pauvreté, rendant l’accès à la nourriture, à l’eau et au logement encore plus incertain. De nombreux organismes caritatifs soutiennent désormais des solutions axées à la fois sur l’environnement et la pauvreté afin de renforcer la résilience à long terme.
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