+237 695 520 431

Téléphone

Ville

Dschang

24/24

lundi-samedi

FESTIVAL GUIPOGOUNG ÉDITION II : UNE MÉMOIRE RAVIVÉE AUTOUR DE WAKEU FOGAING

1 Juin

FESTIVAL GUIPOGOUNG ÉDITION II : UNE MÉMOIRE RAVIVÉE AUTOUR DE WAKEU FOGAING

Du 15 au 20 mai 2026, le Festival Guipogoung a transformé Yaoundé, Bafoussam et Baham en espaces de mémoire, de création et de transmission. Organisée par la compagnie Feugham en collaboration avec OTHNI, cette deuxième édition, dédiée à Wakeu Fogaing, a en plus de rendre hommage à un homme de théâtre disparu, rassemblé des artistes, des publics et des jeunes autour d’une même question : que laisse un créateur derrière lui, sinon des œuvres, des gestes et des élans transmis aux autres ?

 D’une ville à l’autre, le festival a avancé porté par des activités qui ont fait remonter des souvenirs, provoqué des échanges, réveillé des émotions et offert aux participants un contact direct avec l’héritage de Wakeu Fogaing. L’hommage s’est défait du recueillement silencieux, pour arborer le costume artistique.

Yaoundé : les premières voix de l’hommage

À Yaoundé, les 15 et 16 mai, le public a été accueilli à OTHNI, Laboratoire de théâtre de Yaoundé. Les histoires de monsieur n’importe qui de Wakeu Fogaing y a été présenté par Sylvain Mekontchouo, Justin Nkoa et Philippe Abong, dans une mise en scène de Martin Ambara. Le poème de Martin Ambara et la performance de Moada Yakana, dit Dasons Ensemled, ont donné à ce moment une charge sensible particulière, portée par la musique de John Coltrane.

        Ce premier rendez-vous a permis de remettre les textes en circulation et de rappeler que le théâtre de Wakeu Fogaing continue d’interroger, de toucher et de réunir. En parallèle, la compagnie Feugham a joué à travers Roscar Kemdjeu, On ne lapide pas l’oiseau de Kouam Tawa, inscrivant l’ouverture du festival dans une continuité de parole et de scène.

Bafoussam : le souvenir devient partage

Du 17 au 19 mai, Bafoussam a accueilli une séquence plus dense. Les ateliers de théâtre animés par Martin Ambara en matinée ont donné aux participants un espace d’écoute, de travail et de mise en corps. Pour plusieurs jeunes, ces ateliers ont été plus qu’un apprentissage technique : ils ont ouvert une manière de comprendre le théâtre comme discipline de présence, de confiance et de vérité.

Le 18 mai, la veillée de la parole et du souvenir, animée par la compagnie Feugham, a réuni des voix autour de l’Ami. Ce moment a compté pour beaucoup : il a permis de dire publiquement ce que chacun portait en lui, de la gratitude, de la peine, du respect ou simplement le besoin de ne pas laisser son souvenir s’effacer.

Le même jour, la projection du film Le revers de la haine a rappelé qu’au-delà de la scène, Wakeu Fogaing avait aussi laissé une empreinte dans le cinéma. Pour les spectateurs, revoir cette œuvre dans le cadre du festival a donné une autre dimension à l’hommage : il ne s’agissait plus seulement de célébrer un artiste, mais de revoir à l’écran la trace concrète de son passage.

Le 19 mai, la performance de Toutou le conteur, intitulée Un oubli en mémoire, a prolongé cette dynamique. Le titre lui-même disait l’enjeu du festival : résister à l’oubli. Cette journée s’est poursuivie avec une nouvelle présentation de Les histoires de monsieur n’importe qui par OTHNI au La’akam, Laboratoire artistique du Kamer. Pour les participants, le va-et-vient entre théâtre, conte et projection a créé une expérience complète, où chaque forme rappelait une facette de la mémoire de Wakeu Fogaing.

Baham : une clôture chargée d’émotion

Le 20 mai, à Baham, chez Té Souop Wakeu à Djemgheu, l’hommage a pris une dimension plus intime. L’hymne de la compagnie Feugham a ouvert la soirée, suivi d’une performance de balafon par Ta’a Emma.

Puis sont venus les messages adressés à l’ami. Quinze messages au total ont été lus, venant de proches, d’amis, de frères, mais aussi de personnes anonymes touchées par les œuvres et par le parcours de Wakeu Fogaing. Cette séquence a marqué plusieurs participants. Elle a montré qu’un artiste ne disparaît pas seulement dans la douleur de ceux qui l’ont connu, mais aussi dans la reconnaissance de ceux qu’il a touchés sans le savoir.

Un concours d’humour et de poésie destiné aux jeunes a ensuite permis d’ouvrir la cérémonie à la relève. Les lauréats ont reçu des prix de 25 000, 15 000 et 10 000 francs CFA. Pour les participants, cette remise de prix a eu une portée concrète : elle a donné de la valeur à leur parole, à leur écriture et à leur capacité à prendre le relais.

La soirée s’est poursuivie avec un spectacle de théâtre de verdure. La Querelle des épouses, écrite et mise en scène par Wakeu Fogaing, a été jouée par Roscar Kemdjeu, Abraham Néri Kwemi, Mireille Kouja, Dominique Gnintelap, Dénise Djuikom, Alice Manedjou et Anicelle Mawutd Sop. Leur présence sur scène a donné au public un moment fort, parce qu’elle a rappelé que les textes de Wakeu Fogaing restent jouables, habitables et actuels. Voir cette pièce portée par plusieurs comédiens dans un cadre d’hommage a rendu la mémoire plus concrète, plus proche, presque palpable.

La soirée a également proposé Les histoires de monsieur n’importe qui présentée par OTHNI avec Sylvain Mekontchouo, Justin Nkoa et Philippe Abong, dans une mise en scène de Martin Ambara, ainsi qu’une performance de Roscar Kemdjeu. Ce croisement d’œuvres et d’interprètes a renforcé le sentiment d’un festival construit comme un passage de témoin.

Enfin, la remise des prix des concours Wakeu Fogaing de poésie et d’humour en ghomala a clôturé l’ensemble. Le prix poésie a été attribué à Oscar, Jores Tagne, et le prix d’humour à Nguemmegne Sheridane et Maguia Tsemo Lauriana. Pour les jeunes lauréats, cette reconnaissance a sans doute compté autant que la récompense financière : elle a inscrit leur voix dans une continuité.

Ce que le festival a laissé

Au terme de ces six jours, Guipogoung II a laissé des échanges, des émotions partagées, des voix réveillées et une conscience plus nette de ce que Wakeu Fogaing représentait. Pour les participants, les ateliers ont ouvert des perspectives, les lectures ont fait surgir des souvenirs, les spectacles ont rassemblé, et les concours ont encouragé l’expression des plus jeunes.

Le festival a aussi montré qu’un hommage ne sert pas seulement à rappeler un nom. Il peut créer des effets durables : stimuler des vocations, redonner confiance à des jeunes artistes, remettre des textes en circulation, et réaffirmer la place du théâtre dans les communautés. C’est en cela que Guipogoung a eu un impact réel : il a fait sentir que l’art peut encore réunir, transmettre et réparer un peu de l’absence.

Wakeu Fogaing, en bref

Wakeu Fogaing, né le 20 mai 1968 à Yaoundé, a grandi entre la capitale et Bafoussam, où il a commencé le théâtre en 1984. Il a fondé la compagnie Feugham en 1993, mené une carrière au théâtre, au cinéma et à la réalisation, puis est décédé le 21 mars 2021.

Son parcours importe ici surtout pour comprendre la portée de l’hommage. Le festival Guipogoung a rappelé qu’il fut un homme de scène, un homme de troupe et un homme d’exigence. C’est cette trace, portée par les artistes et ressentie par le public, que l’édition II a choisie de faire vivre de nouveau.

Dominique GNINTELAP, De la compagnie Feugham

Leave a Reply