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Le pouvoir de la littérature : entretien avec la jeune romancière camerounaise Kelly Yemdji

1 Sep

Le pouvoir de la littérature : entretien avec la jeune romancière camerounaise Kelly Yemdji

Salut Kelly Yemdji

Mme ou Mlle ?

Kelly Yemdji, simplement !

Vous êtes auteure de Le Secret de mon échec. Pourquoi commencer en littérature en postulant l’exaltation de l’échec ?

Ah non ! Le secret de mon échec n’est aucunement une exaltation de l’échec, ceux qui l’ont lu ne le savent que trop bien, que ce titre n’est qu’un prétexte pour dénoncer. Il est vrai que ce titre à priori pourrait tromper plus d’un. Néanmoins, je pense qu’on devrait tous apprendre à cerner la part de réussite qu’il y a dans chaque échec parce que l’échec en soi est un succès.

C’est une lapalissade de dire que les Camerounais ont maille à partir avec la littérature et le livre en général. Pourquoi une jeune dame peut-elle <<foutre sa gueule>> dans un univers non lucratif ?

Parce qu’il n’y a pas que l’argent dans la vie ! Pour moi avant d’être quoique ce soit, la littérature est un exutoire. C’est vrai, ce serait super si en plus de nous soigner elle pouvait nous rapporter un peu de sous ; mais les réalités de notre pays sont telles qu’il ne faudrait même pas y penser.

Hormis la romancière, qui est Kelly Yemdji ?

Kelly Yemdji est une passionnée d’art, sous toutes ses formes. Kelly Yemdji est la promotrice d’une association qui promeut le leadership féminin. Kelly Yemdji est une communicante.

Quel pouvoir donnez-vous à la littérature ?

La littérature a selon moi le pouvoir de soigner, tant les écrivains que les lecteurs. Le pouvoir d’archiver l’histoire. Le pouvoir de dénoncer. Le pouvoir d’initier le progrès. Le pouvoir d’éduquer. Le pouvoir de divertir.

Qui sont vos influences littéraires ?

La vérité c’est que je n’en ai pas ! Je lis, j’aime, mais je me limite à ça, aimer. Parce que je voudrais être originale, je ne laisse consciemment aucun écrivain m’influencer.

Vous dites de vous que vous êtes une féministe. Parlons Covid et féminisme. Ailleurs comme en Espagne, des plateformes ont été mises sur pied pour lutter contre les violences faites aux femmes, lesquelles ont accru au gré de l’évolution des contraintes confinatoires. On n’a pas vu des discours de cette nature depuis dans le triangle national. Démission des femmes ou cela ne concerne pas les luttes féministes au Cameroun?

Si si ! Je ne sais pas si nous sommes dans le même Cameroun mais moi j’en ai vu pendant le confinement, des féministes au Cameroun se lever pour dénoncer l’impact du confinement sur les violences conjugales. Elles l’ont fait et elles ont proposé quelques solutions. Je crois que le souci avec les féministes du Cameroun c’est le manque de collaboration et de coordination. Du coup chaque action menée individuellement a une portée moins significative que ce qu’elle aurait eu si elle était menée par un groupe de personnes. Ça c’est sans compter sur notre cher et tendre ministère de la promotion de la femme et de la famille.

Il eut une période de confinement où chacun était appelé à rester chez soi. Que faisiez-vous ?

Je mangeais, je lisais, j’écrivais et je me rendais utile à la maison.

Votre imaginaire d’écrivain eut il été influencé du fait de cette pandémie ?

Cela va sans dire. Le corona virus m’a inspirée des nouvelles et un roman que je n’ai pas écrits, du moins pas encore.

Des gens ont accouru vers les librairies électroniques pour passer le temps du confinement. Comment avez-vous procédé pour assurer la promotion de vos œuvres ?

Je n’ai rien fait parce que je ne pouvais rien. La seule œuvre à mon actif n’étant disponible qu’en support physique, il est claire que je ne pouvais rien faire sinon attendre que les choses se tassent avant de reprendre avec la promotion.

Vous-même, comme lectrice, que lisiez-vous pendant ce temps ? La Peste, Robinson crusoe,….

J’ai lu né un mardi d’Elnathan, L’intérieur de la nuit de Miano, La joie de Pépin, L’avocate irrespectueuse de Halimi, L’entrave de Colette, Les peurs cachées de Tongning, … De quoi remercier ces congés improvisés !

Si l’on vous demandait de donner un nom littéraire à cette période de l’histoire.

Je donnerais comme nom Le survisme parce que je pense que c’est tout ce que tout le monde n’a pas cessé de faire pendant cette période : survivre!

Imaginez-vous personnage héroïne dans un roman où tout s’effondre du fait de la pandémie en cours, que feriez-vous, en tant qu’être de papier pour résoudre le problème ?

Déjà sachez que le Corona virus ne se soigne pas avec des vers ou des strophes. Ce que je pourrais faire par contre ce sera d’aider les gens à ne pas sombrer dans la psychose et la déprime. Pendant que les médecins feront leur job de soigner les corps, moi je panserais les âmes. Alors j’inventerais à travers un roman, un monde où tout va bien ou alors un monde où les gens sont capables de voir la part de bien dans le mal ; pour que le peuple s’accroche à la vie. Je rappellerai aux gens en tant qu’héroïne que peu importe la gravité de la situation dans laquelle on est, ça aurait pu être pire.

Donnez un titre audit roman.

Danser sous une pluie de macchabées ! (Rires).

Quel regard jetez-vous sur la littérature camerounaise actuelle ?

La littérature camerounaise actuelle a de nouvelles dynamiques : multiplication des maisons d’édition (Élite d’Afrique Éditions, Les éditions Adinkra, les éditions du Muntu, Ifrikiya, Proximité, …), multiplication des revues littéraires (CLIJEC Mag, Mosaïque, AFFOCOM.com), multiplication des évènements littéraires (RECAN, FESTAE, SILYA) ; autant d’éléments qui permettent à de nombreux jeunes auteurs d’émerger. Quel que soit le bout par lequel on prend la littérature camerounaise, on peut noter qu’il y a de nombreux projet ; même s’il faut remarquer qu’il y a encore beaucoup à faire pour parvenir à une institution littéraire forte.

Quelles sont les nouvelles perspectives qui s’ouvrent à vous, post covid ?

J’envisage écrire un roman sur cette pandémie. Mais rien ne presse, j’ai tout mon temps rien que pour moi.

À quand le prochain « Secret du talent de Kelly ? »

À très bientôt, le temps que j’écrive un scénario auquel j’attribuerai un autre titre controversé. (Rires)

Votre mot de fin

Merci à vous d’accompagner les jeunes auteur(e)s avec les moyens à votre disposition. Merci également à tous ceux de vos lecteurs qui auront eu la patience d’arriver à ce mot de fin.

Merci

Propos recueillis par Gaëtan Guetchuechi.

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