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Lu pour vous : Quand les Racines Chantent de Danielle Eyango

14 Sep

Lu pour vous : Quand les Racines Chantent de Danielle Eyango

Après avoir grelotté du Parfum de Ma Mère, Danielle Eyango propose encore à la scène littéraire camerounaise le fruit de ses entrailles au sens propre du terme. Kotto Bass ou Comme un Oiseau en plein Vol,paru en 2012 aux éditions du Protocole, représente son premier roman qui raconte la vie et le post-mortem du chanteur camerounais Kotto Bass, son oncle, qui venait alors la visiter en songe. Elle crée à cet effet, en 2015, la Case de Tonton Vieux encore appelée Fondation  Kotto Bass, pour venir en aide aux enfants de familles démunies. Huit années après, Le Parfum de ma Mère verra le jour aux éditions de midi ; un recueil de poèmes dont le titre Le Parfum de Ma Mère remporte en 2020 le troisième prix Africa poésie. Cette production sera l’élément déclencheur de la renommée de son auteure. Danielle va contribuer, en 2021, au collectif Kumba The Innocent Blood paru aux éditions de proximité, notamment avec son titre The Bridge une nouvelle sur le NOSO. Quand les racines chantent, paru aux éditions AfricAvenir, vient sans exagération comme le point d’accomplissement de l’écriture de la jeune juriste camerounaise.

        Quand les Racines chantent est l’histoire d’une jeune citadine qui vit paisiblement sa vie avec un bon boulot, un fiancé prisé et plusieurs followers. Son calvaire commence lorsqu’elle perd de façon subite et inexpliquée son utérus. Pour expier ce Dikindo, elle doit accomplir neuf nuits de réparation tel que le veut la tradition Bonendalè son village. Son chemin du Golgotha sera ainsi le chemin de la rivière qu’elle devra arpenter toutes les nuits du rituel. Jonché d’embûches de toutes sortes, les plaies physiques ne seront qu’un détail à côté des tourments, de la peur sidérale et du chagrin grandissant de la « Femme sans utérus », la brebis perdue. Elle doit ainsi laver la faute insoutenable dont elle ignore le secret, que son aïeule, « celle dont on ne doit prononcer le nom » a commis il y a de cela un siècle.

                                               La précision dans les thématiques

       Dans la société traditionnelle camerounaise, une femme sans enfant est perçue comme une « inaccomplie », la fertilité représentant l’élément sélectif pour une femme qui désire se marier et fonder une famille. On pourra d’ailleurs comprendre l’attitude de Wakam le fiancé de Jasmine qui prendra ses jambes à son cou dès l’annonce de la disparition de l’utérus de Jasmine par le Dr Lobe.

        L’œuvre est un réquisitoire des réalités vécues dans la société camerounaise sur les plan spirituel et socio-culturel adaptée à travers des thématiques saillantes propres à ces groupes sociaux : les pratiques nocturnes, la désaffection maternelle, la religion chrétienne, la tradition Duala. L’évocation de ces thèmes passe par des bonds dans le passé des villages Bonendalè et Yabassi, de ses personnages ainsi que le contexte sociopolitique camerounais de cette époque. 

         La souffrance n’est pas en reste dans ce Tome de 297 pages. Le personnage principal, « la maudite » est l’objet d’une malédiction qui lui tombe violemment sur les épaules et qu’elle doit porter jusqu’à expiation. Ce périple, elle le bravera avec l’aide de l’abbé Martin Samnick et de Sita Iyo, ses jours et ses nuits dans les pistes noires de Bonendalè. Jasmine désire que ses entrailles soient bénies et que la malédiction sur sa famille soit levée sur les générations des femmes de sa famille. Alors elle doit « boxer ». Elle boxe contre l’invasion des rats dans la rivière, contre l’invasion des serpents, contre les coups des neuf femmes à la rivière, elle boxe son Nkumbe au rythme de l’Esewe, elle boxe contre les insultes de sa mère. Même en abandonnant son corps, Jasmine boxe nue sur le chemin de la rivière «  Sache que plus ton corps est défiguré, plus cela voudrait dire que tu es en train de réussir à expier ton Dikindo(…)Alors oublie ton corps. S’il s’écroule, laisse le s’écrouler, toi continue à avancer. S’il se déboite, laisse-le se déboiter, toi continue à avancer. Et s’il meurt, laisse-le mourir toi continue à avancer »(p.175)

                             Quand les racines chantent, une poétique dansante

          La tradition Duala est caractérisée par une musicalité saisissante. L’œuvre met ainsi en relief les rituels du peuple côtier orientés dans les gestes, les silences et les pratiques quotidiennes : le Nkumbe, l’esewe, le ngosso ou encore le ngondo. Danielle E. réussit dans cette œuvre à marier l’oralité, la musicalité et la poétique de son écriture avec l’intrigue à travers une précision captivante dans la description, vous donnant l’impression d’un vraisemblable dont elle seule détient le secret. S’échappant de toute contrainte, l’auteure a une maitrise impressionnante des flash-back et même des bonds dans le futur qui titille à chaque ligne l’intérêt du lecteur, un suspense tenu qui accroche à chaque page, présenté sur un style poétique aux éléments de la nature, une prose chantée qui vous tient impatiemment en haleine vers le Tome 2.

          Quand les racines chantent participe inéluctablement des productions littéraires camerounaises les plus importantes de par sa portée sociale, historique et culturelle et se classe comme une contribution salutaire au patrimoine littéraire camerounais.

En dehors de quelques inattentions de l’éditeur, le bouquin est un livre de chevet que nous recommandons vivement.

Marie Dominique Gnintelap

Bon à lire

Danielle Eyango, Quand les racines chantent, éditions AfricAvenir, 2023, 297 pages.

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