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Note de lecture du recueil de poèmes Le Parfum de ma mère de Danielle Eyango

29 Jan

Note de lecture du recueil de poèmes Le Parfum de ma mère de Danielle Eyango

Le parfum de ma mère est florilège qui, d’emblée, laisse s’écouter parler face à des poèmes qui vous interpellent. Mais comment y répondre lorsque c’est la plume d’une femme qui vous parle ? La critique africaine a souvent vu la femme comme un objet de fantasmes lyriques par excellence, c’est-à-dire un polyptyque recomposé, un tableau aux milles replis issus de diverses appartenances raciales, originelle, colorielle, éthique et culturelle. Marie Claire Dati Sabze, poètesse camerounaise des années 1990 l’a suffisamment prouvé en procédant à une peinture du corps de la femme dans tous les aspects.Chez Danielle Eyango, le cœur de la femme compte plus que le corps de la femme. Le cœur prend la préséance sur le corps.

Dans l’ensemble la plume de Danielle Eyango dévoile un lyrisme saisissant. Dans son recueil polyrythmique, la poésie se dévoile intimiste. On y retrouve la femme dans une crise profonde qui amène la poétesse à opérer la synthèse des grandes projections subliminales de l’être, avec son tout supérieur et multidimensionnel : mythologique, psychanalytique, psychologique, métaphysique et tout simplement humaine. Elle affectionne drôlerie linguistique et férocité situationnelle ; le tout dans une mélancolie qui gravite autour du rose, autour de la rose.

Poésie de contrastes par-delà la création syntaxique, les mots ici battent la cadence au fil des vers, comme sur un instrument de musique. C’est d’ailleurs la tradition orale qui a commencé à écrire la poésie camerounaise, à travers la voix et les instruments des bardes, des aèdes et des griots. Ils sont les dépositaires légitimes et millénaires de la poésie épique et rythmée, la fervente sentinelle de l‘oralité authentiquement africaine. Cette oralité qu’on retrouve chez Francis Bebey ou chez André Marie Talla.

Le Parfum de ma mère est davantage le lieu d’enfance revisité. La voie tracée par les pionniers de la poésie camerounaise écrite tels Louis Marie Pouka, François Sengat-Kouoh, René Philombe à partir des années 1930 à 1950 se voulait déjà romantique, chantant les premiers émois, le village, l’amour de la nature, la joie contrastant avec la nostalgie de l’enfance volée. Le jalon posé impulsera une vague de poètes entre autres Elolongué Epanya Yondo, Nyunaï, J.Nzouankeu, Remy Medou Mvomo, Paul Dakeyo, Mbella Sone Dipoko, Engelbert Mveng Bate Besong, Jean Paul Nyunai, Jeanne Ngo Mai, Patrice Kayo… L’APEC (Association des Poètes et des Ecrivains du Cameroun) créée par le légendaire René Philombe et ses pairs en 1960 fixe durablement les marques identitaires de la poésie camerounaise. Fernando d’Alméida, Patrice Kayo, Gilbert Doho, Kolyang Dina Taiwé, Gabriel Kuitche Fonkou, Joseph Fumtim, Kouam Tawa tiennent la frêle flamme du genre poétique. Ce sont les poètes des années 2000 qui font éclater les territoires thématiques et esthétiques jusque-là tenus dans le confort esthétique. Il s’agit de sublimer les peines de la vie et du langage. La ronde des poètes autour d‘Antoine François Assoumou, Jean Claude Awono les y aide. Inspiration, beauté, rythme, versification et musique sont les ingredients du mouvement poétique camerounais. Des noms marquent les esprits: John Shady Francis Eone, Hortense Claire Thobi, Anne Cillon Perri (Naa Pierre Collin), Patrice Nganang, Kouam Tawa, Guy Merlin Nana Tadoun, Wilfried Mwenye, Marcel Kemajou Njanke, Stella Engama, Yvette Balana, Fernand Léos Douanla, Thomas Albert Ndefo Noubissi, Nathalie Étokè, Fernand Nathan Evina, Ebenezer Tedjouong Talla, Nguepe Taba II, Alain Serge Dzotap, Hervé Yamguem…

Lire Le Parfum de ma mère, c’est savourer des tableaux de peinture, c’est aussi inviter à faire attention aux murs qu’on dresse entre les humains ou aux forteresses qu’on érige en châteaux de cartes. L’idylle brisée et l’amour trahi viennent confirmer l’équilibre non acquis, la solitude, l’identité trouble des progénitures. La rose est constamment célébrée, mais aussi l’humilité face aux aînés, des aînés si proches et si chers qui disparaissent de manière précoce. Solitaire, mais bienveillante, la poétesse est en quête permanente de bonheur, en difficulté d’attente d’un bonheur qui servirait d’échappatoire au Spleen.

Œuvre cathartique, le lecteur s’en délecte, avec plaisir ou dégoût, nausée ou jouissance extatique, car fixer l’éternel féminin au sein de l’infinité, et surtout de l’éternité du poème, c’est capitaliser au fil des vers, l’amour/désamour maternel.

Si l’ensemble questionne ainsi l’amour, c’est toujours pour exprimer le vide de l’Alter Ego, le désert, la fugacité des jours heureux. Bref, séparation, rupture et douleur de vivre seule, dans une paradoxale affection de la nuit témoignent du désenchantement en amour. Surmonter la douleur de la rupture et rejeter le suicide, transcender la langueur de l’introversion, c’est avant tout, pleurer. De tristesse comme de joie. Amour espéré/amour désespéré, pourtant l’amour demeure le sentiment le plus facile, le plus durable.

Alain Cyr Pangop

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